Corée du Sud: le troisième grand d'Asie

par Florence PIJAUDIER-CABOT


Onzième économie mondiale, la Corée du Sud est aujourd'hui un pays qui compte dans le monde industriel développé. Apparue il y a une vingtaine d'année sur les marchés mondiaux avec des produits bon marché, la Corée vend aujourd'hui dans le monde entier ses téléviseurs, ses automobiles, ses navires et depuis peu, les produits d'une industrie électronique particulièrement innovante. Le poids de son économie peut être désormais comparé à celui de l'Inde ou du Mexique.

Coincée entre les deux géants que sont la Chine et le Japon, la Corée du Sud s'est comportée pendant longtemps comme une forteresse imprenable. Son économie était traditionnellement dominée par les "chaebols", ces grands groupes industriels à la fois protectionnistes et relativement agressifs sur les marchés internationaux. Les implantations étrangères étaient fortement découragées et les importations limitées au strict minimum. La situation a brusquement évolué au milieu des années 1990 avec l'adhésion de la Corée du Sud à l'OCDE en 1996 et la crise financière de 1997. Deux événements qui ont entraîné une ouverture rapide du pays, à la grande surprise des observateurs qui ne pensaient pas que la Corée, fortement marquée par la tradition, serait capable d'autant de réactivité.

Pressée de rattraper son retard et de se faire une place sur la scène mondiale, la Corée affiche alors l'ambition de devenir le "hub" de l'Asie du Nord. Elle s'ouvre aux entreprises étrangères, notamment aux entreprises françaises, qui sont déjà nombreuses à avoir tenté l'aventure. La mise en œuvre d'un cadre législatif favorable à l'investissement étranger, la taille du marché intérieur coréen, le volume de ses importations (160 milliards de dollars en 2000, soit le douzième marché du monde) et sa situation centrale en Asie du Nord constituent autant d'incitations à s'y implanter.

Résultat: en l'espace de quelques années, la Corée du Sud est devenue le troisème partenaire de la France en Asie, après le Japon et la Chine, en termes à la fois d'échanges et d'investissements. Avec un montant de 2,8 milliards , les exportations françaises en direction de la Corée ne représentaient en 2002 qu'une part de marché de 1,4%, sensiblement inférieure à celle de ses voisins européens. En revanche, l'investissement direct dans le pays est largement privilégié par les entreprises françaises. Comptant au total 150 filiales dont les deux tiers sont industrielles, elles emploient plus de 26.500 salariés, dont 400 expatriés français, et réalisent un chiffre d'affaire de 8 milliards , c'est à dire trois fois le montant de nos exportations.

Ces chiffres placent la France au cinquième rang des pays investisseurs en Corée du Sud. À noter que le premier investisseur étranger en Corée est français: ils s'agit des hypermarchés (une trentaine) implantés par la société CARREFOUR. Autre projet d'envergure qui renforcera encore la présence française en Corée: la création d'une joint-venture entre Total-Fina-Elf et Samsung General Chemicals...

La Corée du Sud est également en passe de devenir un partenaire industriel important de la France grâce à une coopération particulièrement active depuis une dizaine d'années maintenant. Elle a débuté en 1993 avec la signature d'un grand contrat, celui du TGV (KTX coréen), qui impliquait de nombreuses entreprises françaises et qui a donné lieu a des transferts de technologies dans des domaines aussi variés, le ciment ou le verre.

Aujourd'hui cette coopération industrielle se poursuit et prend des formes originales. Ainsi du design, qui est devenu en l'espace de deux ou trois ans, un axe majeur des relations franco-coréennes. "À juste titre", affirme Étienne Coffin de la Digitip, "les industriels coréens considèrent que le design est un moyen de faire progresser leurs produits et développer le secteur du haut de gamme. Nous avons ainsi invité certains d'entre eux à découvrir en France, la manière dont nos industriels abordent cette discipline."

Cette année, c'est en Corée que la Dgitip, l'APCI (Association pour la Promotion de la Création Industrielle) et KIDP (Korean Institute of Design Promotion) ont organisé ensemble fin juin la "French Design week" qui a permis à de ,ombreuses entreprises coréennes d'établir des contacts avec des agences de design françaises.

Parmi elles, on peut citer LG Electronics et Samsung. Autre initiative, coréenne cette fois, l'organisation à Séoul du 1er au 10 décembre prochain des Oscars internationaux du design, qui seront précédés par une sélection des lauréats souhaitant concourir dans chacun des pays participants.

Coopération toujours: l'inauguration du TGV coréen (KTX) qui aura lieu en avril 2004 et qui devrait donner l'occasion aux entreprises françaises les plus dynamiques d'être présentes en Corée dans le cadre d'une grande opération "France Corée à Grande Vitesse". À ce titre, les Coréens envisagent de donner la priorité aux secteurs considérés comme des moteurs de croissance, c'est à dire ceux des technologies innovantes et de la recherche et développement.

Aujourd'hui plus que jamais, la Corée du Sud cherche donc à se moderniser en créant de la valeur ajoutée par le moyen de transferts importants de technologies. Partagée par la France, cette volonté a été largement réaffirmée par les deux pays lors du 7ème comité de coopération industrielle qui s'est déroulé le 26 juin dernier à Séoul. Elle prend actuellement la forme d'opérations ponctuelles, tel le dossier mené avec le KETI (Institut Coréen de Technologie Électronique) sur les semi-conducteurs, et devrait, à plus long terme, porter sur des secteurs comme les biotechnologies -une étude sur le sujet est actuellement conduite par UbiFrance-, l'environnement, les technologies de l'information et de la communication, et plus spécialement de la dématérialisation des documents commerciaux. Sans aucun doute, des domaines d'avenir, à la condition toutefois d'observer une grande prudence dans le domaine délicat de la propriété intellectuelle. C'est à ce prix que les échanges de la France avec ce pays dont les atouts sont nombreux et l'ambition légitime resteront équilibrés.

Florence PIJAUDIER-CABOT. Revue INDUSTRIES N°88 aôut 2003. www.minefi.gouv.fr

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